"Oraison
funèbre " - Mars 2004 -
(interview d'Illian - "Dancefloor")
L'esprit n'a
pas changé depuis le début. Effectivement le Line-up, lui si.
CYANHIDE s'est cherché à ses débuts, dans le sens ou
ne savait pas très bien ou on allait. Personnellement, j'ai longtemps
attendu des autres membres qu'ils s'investissent à ce niveau, et participent
autant que moi à la définition de l'esprit du groupe. Mais la
plupart du temps, l'attitude en face était plutôt attentiste
qu'autre chose. Et certaines choses ont, à cette époque, trainées
plus que nécessaire.
Aujourd'hui, l'idée est que à chaque album correspond un choix
musical propre, une couleur, une esthétique, un esprit. Le premier
album, "Early Projects" était une collection de vieux titres,
et l'ensemble, plutôt hétéroclite, sonnait disons 'rock'.
Ensuite, il y a eu "Cairns", plus celtique dans les textes et l'esprit
général, plus gothique dans la musique. Quand au troisème
album, "DanceFloor", il sonne plus electro et reflète bien
nos tendances musicales, relativement variées. Cet album est à
cheval sur plusieurs styles, et c'est tout à fait ce que nous avions
envie de faire. On ne voulait pas d'un truc hyper spécialisé,
genre 'indus-noisy' qui nous aurait frustré parce que ça n'aurait
refleté qu'une part de nos aspirations. Cela aurait été
trop partiel, et n'aurait rien eu de réel.
Par rapport aux débuts, l'esprit underground / 'Rock&Roll' / Punk
est toujours là. Tête de lard un jour, tête de lard toujours...
On est comme on est et on ne change pas radicalement de caractère du
jour au lendemain...
Donc on reste intègre..
2 - Cyanhide a-t-il enfin trouvé la bonne formule : le duo ? Comment vous y prenez-vous pour composer ? Y-a-t-il un leader ?
Pas de leader
au sens 'j'impose'. Ce n'est pas notre esprit. Chacun apporte ce qu'il peut
et puis voilà. En général, on part sur une base mélodique
"synthé-sampler" un peu avancé qui est la première
forme du morceau. Ensuite on le triture, on l'enrichit, on le critique, et
il évolue comme ça au fur et à mesure.
Quant à savoir si c'est LA bonne formule, je dirais que ça marche
aujourd'hui, mais rien n'est figé. Ca dépend surtout des intervenants.
C'est vrai qu'à deux, on se prend bien moins la tête que quand
il y avait un batteur, 2 guitaristes, et un bassiste... A coté de ça,
c'est aussi parce qu'on n'a pas franchement le choix. Par exemple, on a aujourd'hui
un mal fou à trouver un batteur (c'est ce qui nous manque le plus),
et il faut quand même que les choses avancent...
3 - la part de l'electronique va grandissante dans Cyanhide. Allez vous jusqu'à vous considérer comme un groupe "electro" pour autant ?
Je ne sais pas
en fait. On fait notre truc sans vraiment se préoccuper de l'étiquette.
L'electro fait parti de notre culture c'est clair. Aujourd'hui, je trouve
le gothique de plus en plus chiant, parce qu'il ne se renouvelle pas du tout.
Quand on a fait un peu le tour, et bien on retombe encore et encore sur les
mêmes titres, et ça finit par lasser.
L'electro est (un peu) plus jeune, et surout plus ludique. On l'intègre
à nos compos, parce que ça fait parti de notre culture et de
nos gouts.
De toute façon, on compose aussi pour combler un manque: ce qu'on ne
trouve pas ailleurs. Quelque part, le but est de boucher un trou culturel,
de faire quelquechose qui nous ressemble, et qu'on n' a jamais trouvé
ailleurs. Après ça, s'il est difficile de nous trouver une étiquette,
alors ça veut dire qu'on a peut-être réussi notre pari:
on n'est plus sur un chemin battu.
4 - Il semblerait que contrairement à beaucoup de groupes qui ne soignent pas particulièrement leurs textes, voire qui les limitent à quelques slogans ou formules rabâchées, vous ayiez à coeur d'écrire des paroles qui expriment vos idées et jugement sur le monde qui vous entoure. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Les paroles me
semblent faire partie de la musique au même titre que n'importe autre
instrument. C'est effectivement important de faire passer un message, ou en
tout cas, d'apporter quelquechose de plus au titre. Beaucoup de groupes sont
plus attirés par les lumières et une pseudo-célébrité,
que par autre chose, et beaucoup devraient s'abstenir, et ne pas commettre
certaines horreurs qui polluent l'ensemble. On pourrait dire ça sous
la forme, 'quand on a rien à dire, il vaut mieux se taire'. Qui n'a
jamais pensé ça en écoutant certains samplers de certains
magazines ?
Ceci dit, aujourd'hui on cherche au sein de CYANHIDE à simplifier les
textes, à revenir à des choses plus courtes. Toujours fortes,
mais plus courtes, plus concises, plus effiicace quoi. Pourquoi ? Parce que
ce n'est pas forcément bien de tomber dans le verbeux, et d'allonger
la sauce indéfiniment, et parce que ça fait chier tout le monde
au final. Je ne vais pas dire que c'est ce qu'on faisait, ce serait faux -
j'ose le croire-, mais c'est quand même un travers qu'on cherche à
éviter par dessus tout.
En bilan, on simplifie, mais, attention, pas à l'excès. Tout
est affaire de dosage. Ni tout l'un, ni tout l'autre...
5 - Cela peut paraître étonnant pour un groupe qui intègre une dimension electronique dans sa musique (avec toute l'imagerie "futuriste" que ça charrie), mais vous avez des influences celtiques, musicalement et spirituellement ; d'où cela vient-il et quelle importance cela a-t-il pour vous ?
Tout ce qui est
celte nous touche quelque part, c'est vrai. C'est plus du domaine du ressenti
que du domaine de l'intellectuel, et je ne sais pas trop comment l'expliquer,
peut-être nos origines, pour parti en tout cas. De toute manière,
c'est vrai que ça a une certaine importance pour nous. Pourquoi alors
ne pas intégrer l'electronique, puisque ça fait partie aussi
de nous, dans un esprit disons plutôt 'celte' ?
De toute façon, ce qui fait que quelque chose est celtique ou non,
c'est l'esprit dans lequel on le fait, pas l'instrument utilisé. L'instrument,
comme son nom l'indique d'ailleurs, n'est qu'un outil, un moyen, un intermédiaire
pour faire passer un certain message. Il ne faut pas confondre le but (la
musique) et le moyen (l'instrument). Se focaliser sur le moyen c'est oublier
son but, et se mentir à soi même au final. C'est comme les gens
qui sont obsèdés par l'argent, et qui ont oublié que
ce n'était qu'un fluide, un intermédiaire de vie, mais surout
pas la vie elle-même.
6 - Vous êtes manifestement un groupe fait pour le live. Quel
reste votre meilleur concert à ce jour ?
Et bien je ne
sais pas trop. Il n'y a pas encore UN gros concert qui sorte véritablement
du lot. Chacun a eu ses cotés positifs bien spécifiques, et
les comparaisons n'ont alors pas toujours beaucoup de sens, car on met en
relation des choses qui ne sont pas forcément opposées. Par
exemple, on peut avoir aimé la salle et pas le public, et vice-versa.
On peut aussi avoir
aimé "l'autour" du concert (trajet, relations avec le staff,
bouffe, anectotes, ..) et pas le concert lui-même, etc....Et puis on
peut avoir été dans un état d'esprit réceptif
ou ouvert à un moment donné, qui fait qu'on a vécu les
choses de façon un peu magique, et puis d'autre fois, non. Beaucoup
de paramètres donc, et pas encore un 100% dans tous les domaines.
Sinon, grosso modo, je dirais que le live reste très important pour
nous. Comme on gère nos lumières depuis un an à peu près,
ça nous a ouvert des possibilités très intéressantes,
qui font qu'on ne vit pas les lives comme avant. Je préfère
largement comme ça se passe aujourd'hui. On est plus ... 'dedans',
et on subit moins certains aléas désagréables...
Et ça va encore évoluer...