Early projects

SPELLBOUND #1 - Novembre 98 -
(extrait de l'interview d'Illian - "Early projects")
‘SPELLBOUND’ #1 (c/o S. DELHOUME- 8 rue Vergniaud – 38000 Grenoble)




Question 1: 1998 : le 1er album de ‘Shroud of CYANHIDE’ voit le jour. Petit retour en arrière: quand, comment est né le groupe, et qu’y a t-il eu avant l’album ?


'Shroud of CYANHIDE' est l'aboutissement d'une histoire qui s'étale sur plusieurs années.
    Au tout début (1991) on travaillait à 2 ou 3 (suivant les époques) sur une base toujours classique, c'est à dire avec une structure 'guitare/basse/ batterie/chant'.
    On créait les morceaux principalement les morceaux au clavier et à la basse, et on cherchait en parallèle des musiciens. On avait comme principe de base de ne jamais faire de reprise, et de ne consacrer notre énergie qu'aux créations. Bref le temps passe, dans un contexte d'instabilité permanente, qui gène terriblement tout projet long terme.
    Les guitaristes, bassistes et batteurs se succèdent, de façon plutôt progressive d'ailleurs. Une première démo finit par se dégager sous l'appellation 'CYAN-HIDE'. Il s'agit d'"Early projects - Part I" (fin 96). A l'origine, on pensait sortir plus tard un "Part II", et finalement, fusionner les 2 démos pour faire un album. Cette deuxième démo n'a jamais vue le jour, et le CD s'est imposé directement.


Question 2: Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, comment parlerais-tu de ta musique ?

    Mes influences musicales vont des Chameleons, à Skinny Puppy (mon groupe préféré depuis 89), en passant par Dead Can Dance, Rammstein, Wumpscut, Fields of the Nephilim, Sisters of Mercy (incontournable), Front Line Assembly, et bien évidement les vieux groupes genre Cure, Xymox, D.M., Front 242, etc. ... Donc à la fois 'gothique', 'New Wave', 'Electro' et 'Indus'.
    Dans un autre registre, j'aime beaucoup des trucs plus Metal, type 'Death' et 'Samael', mais aussi, et là ça n'a plus rien à voir, du classique, ainsi que des vieux morceaux d'influences celtes.
    Maintenant, entre ce qu'on écoute et ce que l'on fait, il y a toujours une marge. Ce premier CD sonne un peu comme une synthèse de ces différentes influences, mais ne tombe pas de façon caricaturale dans un penchant plutôt qu'un autre (enfin, je crois).
    On y trouvera des sons typiquement Goth (clavier planant, basse, arpèges de guitares, voix), une structure musicale influencée Métal (cassures, double grosse caisse), et sons Electro (synthé, voix). Le plus important est que l'ensemble soit toujours à la fois mélodique et rythmique.



Question 3: Pourquoi ‘Cyan-Hide’ est-il devenu 'Shroud of CYANHIDE' ?

    Le choix de s'appeler 'CYAN-HIDE' remonte au printemps 95. Sa signification tourne autour d'un jeu de mot entre 'CYAN' (couleur de la mer, se rapportant à une notion de profondeur et d'inconnu) et 'HIDE' évoquant ce qui est dissimulé (notion de danger, couleur rouge), et donnant, phonétiquement 'cyanide' (cyanure, en anglais).
    Comme il existe un groupe s'appelant 'CYAN', il faut modifier le nom du groupe, de façon à empêcher toute confusion directe.
    Il est donc décidé de rajouter 'Shroud Of' devant. Cet ajout permet de faire ressortir un aspect du jeu de mot qui m'avait toujours paru un petit peu trop dissimulé: 'Shroud' signifie 'linceul/voile/suaire'. Son association avec 'cyanide', renvoie au gaz ypérite (ou gaz moutarde) utilisé dans les tranchées pendant la guerre de 14-18, synonyme de souffrance, de terreur, et de mutilation. La troisième couleur, le jaune, ressort ici de façon plus évidente, et la boucle est bouclée.
    Les trois concepts sont différents, mais liés:
- la profondeur, l'inconnu, et par extension l'imaginaire et le rêve: le cyan,
- le dissimulé, le double sens, l'avertissement: le rouge,
- le danger, le mal, la réalité: le jaune


Question 4: Le titre de l'album suppose t-il délibérément que d’autres albums suivront ? Avec ce titre, as-tu déjà une idée de l ‘évolution, de la direction, que prendront les compositions d’éventuels albums à venir ?

    Mais bien sûr ! Le travail a déjà commencé et plusieurs 'drafts' (brouillons) existent déjà. La direction future commence à se dégager, mais n'est pas encore définitivement fixée.
    En gros, il y aura des guitares rythmiques plus métal (saturation dans les graves, riffs de fond), et des influences 'Indus' plus marquées.
Tout devra néanmoins rester très mélodique, et ne devra pas renier la lignée du premier CD.


Question 5: En ce qui concerne la formation du groupe, cherches-tu à intégrer d’autres musiciens, ou bien préfère tu faire cavalier seul ?

    Par la force des choses, et en l'absence d'aide extérieure, ce premier CD a essentiellement été composé en solo. Il m'a aussi permis de savoir où j'en étais musicalement, et où je voulais aller.
    Mais à l'époque, comme maintenant, je reste ouvert à d'autres venues. Je cherche à intégrer des gens, mais il est très difficile de trouver de gens cool et motivés, d'un niveau correct, et pas complètement alcoolique ou défoncé.
    Je suis actuellement en contact avec 2 musiciens, intéressés à travailler avec moi. Je ne veux pas en dire trop parce que rien n'est encore définitif, mais bon, ça bouge.


Question 6: Ton logo semble être la représentation à la fois symbolisée et futuriste, d’une forteresse; qu’est ce qui a motivé ton choix, qu’est ce que cela évoque ?

    Hum, moi je ne l'ai jamais vu comme une forteresse, mais je trouve l'idée intéressante.
    En fait, j'aime laisser un important degré de liberté dans son interprétation, car chacun peut réagir librement, comme devant un tableau. Il n'y pas de "mode d'emploi" livré, c'est à chacun selon son imagination, sa sensibilité et son vécu de l'appréhender. Il en va de même pour les paroles qui sont globalement, des petites histoires, volontairement libres d'interprétation, qui restent suffisamment ouvertes, et même si j'ai toujours 2 ou 3 analyses favorites, c'est à chacun de réagir personnellement devant.
    Quant au logo, il sort directement d'un rêve que j'ai fait il y a très longtemps. On peut le voir de façon purement symbolique (familiale: la lumière sur le pic principal, les deux autres, plus discrets, qui semble le regarder), de façon matérialiste (un iceberg, une montage) de façon géométrique (lignes brisées écrasant le cercle: la science essayant de définir la nature ? essayant de la modifier ?).
    Une amie y voyait un chat ...
    En fait, tout cela me convient, et je trouve le dessin très riche, avec de très nombreuses facettes.



Question 7: Il me semble que tu nourris un amour pour l’univers celte ; qu’est ce qui t’attire, est-ce seulement la musique ?

    Je dois reconnaître avoir un penchant pour cette époque, sans que je sache réellement pourquoi. J'ai l'impression qu'il y a un lien entre nous et nos ancêtres, un lien non seulement génétique mais aussi spirituel, mental, un lien à travers le temps, plus concret qu'on ne croît, méconnu, mais que parfois je ressens. Je ne sais pas, une sorte de présence à coté de moi, comme si quelqu'un cherchait à me parler, mais pas avec des mots.
    Ce lien dépend des origines de chacun, et pour en avoir discuté plusieurs fois, je sais que certains ne l'ont pas du tout, et pour eux, tout ça c'est du chinois (enfin, si je puis dire), mais bon.
    La musique finalement n'en est qu'un révélateur, qui modifie notre état d'esprit, nous rend plus perméable, plus réceptif à certaines choses. Tout ici est affaire de sensibilité.
    Cette idée est à l'origine du morceau 'Gaelic', qui est, de ce point de vue, le plus vivant de tous.


Question 8: Les paroles de ‘Sharks’ m’intriguent (un ange supplicié s’écrase sur terre, livré à la férocité des requins) ; qu’est ce qui te les a inspirés ?

    'Sharks', c'est la mort de Dieu. Elle entraîne la chute des anges sur la terre, qui n'ont plus de protection. Confrontés à la réalité dont ils ont toujours été écartés, ils se font torturer, violer, par les humains qui se jettent sur eux, avec une férocité sans bornes, peut être pour leur souhaiter la bienvenue en enfer, leur faire comprendre leur monde, peut-être aussi pour se venger, on ne sait pas...
    'Sharks' est lui aussi issu d'un rêve (décidément), ou les anges fondaient lorsqu'on les regardaient en face, comme de la cire que l'on aurait placer sur une flamme. C'est beau la vie.